Comme vous le savez, la formation des enseignants stagiaires à partir de la rentrée prochaine ne sera pas au niveau des exigences pour l’École que nous pouvons raisonnablement porter.
Le service complet devant les élèves – un enseignant stagiaire de musique en Zone d’Éducation Prioritaire (Z.E.P.) aura en responsabilité 432 élèves, un enseignant stagiaire de physique-chimie en Z.E.P. en aura 300 – est un élément parmi d’autres qui pèsera sur la capacité des lauréats de concours à apprendre un métier difficile qu’ils auront à exercer bien souvent seul et sans l’échange nécessaire et fructueux avec leurs pairs, les autres professeurs stagiaires de leur discipline ou d’autres disciplines.
J’insiste sur ce point : la formation à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (I.U.F.M.) souffre de graves défauts et de carences importantes; les rythmes de formation et le calendrier des modules sont bien souvent inadaptés. Toutefois, elle existe et si tout ce qu’on y apprend n’est pas immédiatement utile, son mérite réside à mes yeux dans la proximité et l’échange entre stagiaires de plusieurs disciplines, de plusieurs filières, de métiers divers qui structurent les communautés éducatives qui seront l’univers de travail quotidien des fonctionnaires-stagiaires pendant toute leur carrière.
Les difficultés des débutants, les questions, les angoisses sont parentes; les discussions collectives et les solutions envisagées entre pairs – même si le dialogue avec des professeurs plus expérimentés au sein des établissements d’accueil des stagiaires est nécessaire – sont autant de points d’appui qui permettent de ne pas tomber dans les nombreux écueils du premier trimestre.
Ce sont ces points d’appuis, cet échange entre pairs, qui disparaît avec la réforme de mastérisation alors que les difficultés des professeurs-stagiaires vont croître avec l’augmentation du nombre d’élèves en responsabilité.
Avec quelques collègues qui ont encore présent à l’esprit leur « entrée dans le métier », nous tenterons de livrer ici quelques conseils et quelques témoignages sur les premiers instants de notre carrière en sachant bien que cela ne remplacera pas une organisation autonome des lauréats des concours de recrutement dans les Académies – dans le cadre de mobilisations plus larges ayant pour base les organisations professionnelles et interprofessionnelles. Cette organisation autonome sera un des meilleurs outils pour permettre le dialogue mais aussi assurer la défense des stagiaires dans le processus de titularisation nouvelle manière.



